4 septembre 2010

Green Zone

TOUS AU VERT

"It was a total waste for your army to come to Iraq, right ? "


Saïd Taghmaoui, Les Rois du Désert, 2000.


Savez-vous pourquoi il y a autant de pub pour le DVD de Green Zone ? Bus, abribus, métro, partout ? Parce que le film a fait un bide, et qu'il lui manque même 6 millions pour rembourser son budget de 100 millions de dollars. En réalité, c'est déjà cuit : la promo a coûté 40 millions en plus des 100 millions. Bref. Un gouffre financier, cette guerre. Je veux dire, ce film.

C'est ce qui arrive quand on veut jouer à Apocalypse Now. Et la séquence d'ouverture de Green Zone, explosion sur Bagdad qui gonfle jusqu'à atteindre la taille des flammes sur les photos du Time Magazine, fait clairement référence au sublime this is the end... des Doors sur fond de napalm, au début du film de Coppola. Ce qui n'est pas absurde, puisque Paul Greengrass se serait bien vu inscrire sur la pellicule cette célèbre vérité, que l'Irak aura été un nouveau Viet-Nâm (d'ailleurs, ce sont aussi les Chinois qui ont gagné, puisque ce sont eux qui contrôlent à présent le pétrole de l'ancienne dictature). Aujourd'hui Obama retire ses troupes (et les balance en Afghanistan ; on n'a pas fini de regarder des films de guerre).

Bref, Green Zone sort en DVD, il y a de l'actu autour de l'Irak, alors...


L'Afghanistan, c'était l'endroit où commençait le premier Iron Man. Sorti en même temps qu'Iron Man 2, Green Zone voulait aussi, de manière un peu plus sérieuse, dénoncer l'imbécillité du rêve américain qui consiste à rêver d'une privatisation de la paix mondiale. Dans Iron Man 2, l'armée américaine veut s'approprier l'armure de Tony Stark. Dans Green Zone, elle veut s'approprier les bombes irakiennes. C'est un premier point (pas le plus intéressant).

Green Zone rappelle aussi Les Rois du Désert, sorti en 2000, dont on avait parlé ici. Même histoire de marines paumés lancés dans une poursuite aveugle, d'un peu d'or ou d'usines à bombes ; et Clooney, comme Damon, finissait par se rendre compte que la vérité était ailleurs. Il y a cependant une différence entre le film de David Russell et celui de Paul Greengrass. Les Rois du Désert pointait un scandale : il y avait une guerre civile en Irak, à laquelle les Américains restaient indifférents. Green Zone pointe le scandale inverse : il y a une guerre civile en Irak, et les Américains veulent aider alors que ce n'est pas leur problème. Dans les deux cas, c'est la guerre, c'est absurde, ce n'est pas ce qu'il faut. Obama est-il sur le point de trouver un juste milieu ? Pfft

Demandez toujours leur avis aux réalisateurs Doug Liman et Ken Loach, dont les films sur l'Irak ont été diffusés à Cannes en mai 2010, contrairement à Greengrass, qui avait pourtant sorti son film au moment du festival (le 14 avril), mais ce n'était vraiment pas son jour, on l'a ignoré. Détail amusant : Doug Liman est celui qui a entamé la saga Jason Bourne (continuée par Greengrass). Bref, il y avait en mai 2010 une trilogie qui s'était dessinée : Greenzone, Fair Game de Doug Liman -sortie prévue dans un peu plus d'un mois - et Route Irish, de Ken Loach (sur la privatisation de l'armée !) - sortie le 3 septembre en Norvège (wtf ?, je sais) et prochainement en France.


Je n'ai pas l'intention de défendre Green Zone. Les pubs sur les bus servent à rembourser le studio : il ne faut pas les croire quand elles vous vendent "le film d'action de l'année", c'est faux, il ne s'agit pas d'un film d'action mais d'un film politique, plus proche des histoires de Tom Clancy, les trucs de John Le Carré, tout ça. Je vous déconseille donc d'acheter le DVD pour une soirée que espéreriez aussi palpitante que celle où vous aviez regardé La Mort dans la Peau. Mieux vaut revoir La Mort dans la Peau, d'ailleurs.

Quelques remarques encore, pourtant. Greengrass est le réalisateur de Vol 93, le film sur le 11-Septembre qui prétendait montrer ce que personne n'avait vu, dans le 4e avion. Filmer ce que personne n'a vu, c'est à nouveau le programme de Green Zone, titre qui renvoie à une zone sécurisée de Bagdad, ville où l'on ne voit rien parce que 1) il n'y a rien à voir (pas d'armes de destruction massive) et 2) il fait toujours nuit, le green de la zone en question étant celui des lunettes de vision nocturne. L'endroit toujours vert, parce que toujours noir.

Greenzone est le Rois du Désert de la dernière Guerre du Golfe. Les Américains ne sont plus avides d’or, mais d'armes de destruction massive (Weapons of Mass Destruction, WMD). Et en chemin, ils abandonnent leur quête, constatant que l’Irak va être abandonnée à la guerre civile, qu’il faut plutôt aider les civils. Ce qui a changé depuis l'an 2000, avant que la Guerre du Golfe ne recommence ? Dans Les Rois du Désert, il y avait l’humour. Les Américains étaient juste cons. Là, ce sont des tortionnaires avides. Voir Jason Isaacs, qui se met à chercher le « carnet » sur le corps de Miller avec la même avidité que celle qui le fait chercher les WMD.


Ironie aussi : en 1998, Damon jouait pour Spielberg le soldat Ryan, qu'un capitaine Miller incarné par Tom Hanks venait sauver. Aujourd'hui le troufion de la 101e a monté en grade : le soldat incarné par Damon dans Green Zone s'appelle Miller. Et Miller ne sauve pas le soldat Ryan. Ni le sergent Rawi, d'ailleurs. Apocalypse Now, Les Rois du Désert, Soldat Ryan, Green Zone : autant de films où les soldats errent sans savoir où aller, errent dans la cambrousse à la recherche d'une absurdité.

A la fin de Green Zone, il y a donc cette mise à mort du sergent Rawi par le sympathique indic, Freddy. Subite explosion de violence. Passionnant coup de feu. "C'est mon pays", déclare-t-il, pour se justifier, "j'ai le droit de régler les problèmes comme je veux, sans que les américains s'en mêlent" (bon, ce n'est pas la citation exacte, hein). C'est la même scène que dans Inglourious Basterds, quand Diane Krueger (Freddy/Diane Krueger, c'est marrant) flingue le papa du petit Max. L’Américain Brad Pitt est arrivé pour temporiser la situation, le méchant est sur le point de survivre... Mais rejaillit soudain la colère de celui qui est concerné par le problème, de celui qui a souffert (Freddy l'irakien, Diane qui s'est pris une balle dans la jambe), et qui tire. Il y a 20 ans, ce coup de feu final de Green Zone aurait pu faire scandale, on lui aurait reproché de faire passer les Arabes pour des fous ou des hors-la-loi, puisqu'il était important à l'époque d'expliquer qu'il n'y avait pas, en Mésopotamie, que des terroristes. Aujourd'hui, la mise à mort de Rawi par Freddy est rendue possible - visible, montrable - parce que Diane Krueger a fait pareil. Il n’y a plus de différence entre un Arabe barbare fantasmé par Hollywood, et une Beauté qui cède à l’envie de vengeance (même chose dans Kick Ass, d'ailleurs).



Le dernier film auquel Green Zone m'a fait penser, c'est enfin La Chute du Faucon Noir, de Ridley Scott, autre grand film de guerre pré-11-Septembre, sorti début 2002. Jason Isaacs y jouait aussi. Il y jouait alors l'un des héros. En 2010, il a changé de camp : Hollywood a pris du recul, Isaacs a peut-être envie de se racheter, son rôle est celui du cinglé qui s'oppose à la quête de vérité du Soldat Miller. Plus largement, Green Zone joue le pendant non-glorifiant de La Chute du Faucon Noir au moment où un hélicoptère Black Hawk traverse l'image, et se crashe hors-cadre, traduisant une volonté d'ignorer le film de Ridley Scott dans lequel le crash des hélicos est un magnifique événement en images de synthèse, plein-cadre, plein de poussière.


Greengrass en Green Zone est décidément sur le terrain de Ridley Scott, lui-même en passe de se racheter d'avoir réalisé La Chute du Faucon Noir, puisqu'il a réalisé, en 2008, Body of Lies, tableau des Arabes et des Américains sur le terrain qui n'avait plus grand chose à voir avec la production Bruckheimer de l'an 2002. D'ailleurs, le scénariste du Robin des Bois de Scott n'est autre que Brian Helgeland, scénariste de Green Zone. J'avais pensé à l'époque faire un poste autour de Helgeland, sur Green Zone et Robin des Bois. Il se serait aussi appelé "Tous au vert". Mon dieu, quel bon moment on aurait passé.


Camille

P.S. : Brian Helgeland est aussi co-scénariste de SALT. Mais soyons sympas, faisons comme si nous n'avions rien remarqué...


29 août 2010

Inception, le retour

Êtes-vous sûrs de ne pas vouloir apprendre ici les fins de Memento, Batman Begins, Le Prestige, The Dark Knight et Inception ? Ne vous fiez pas à l'inoffensive première phrase du premier paragraphe, ce texte est bourré de spoilers. Bienvenue sur Mauvaises Langues.


Christopher Nolan a un petit frère, Jonathan Nolan. C'est ensemble qu'ils ont écrit les scénarios de Memento, du Prestige, de Dark Knight. Ils ont 6 ans d'écart (1970/1976), mais on dirait des jumeaux. Comme si Christopher était hanté par l'idée qu'il ne sera jamais mort tant que son frère vivra encore, que Jonathan ne mourra jamais tant que Christopher sera là. Je trouve dans les Nolan une sorte d'obsession de la répétition et de la mort. Aussi divertissants que soient ses films, et la beauté de leur geste, on en vient toujours à s'écraser, telle la vague du premier plan d'Inception, sur l'impassible rocher d'une violence subite et insupportable. A laquelle on n'est jamais préparé, pas plus que Cobb ne l'est lorsque le subconscient militarisé de Fischer commence à s'en prendre à lui dans le premier niveau de rêve.
Une violence subite, et d'autant plus brutale qu'elle est double. On meurt toujours deux fois.


Prenez Mall (Marion Cotillard). Première horreur du suicide de celui qui doute de la réalité. La tête sur les rails, un train de marchandise qui arrive... Quelques minutes plus tard, même personnage, nouveau suicide, tout aussi dur : la jeune femme, persuadée qu'elle rêve encore, se laisse tomber du haut d'un immeuble, sous les yeux de son amant - qu'elle aime autant qu'elle l'abandonne.

Si vous connaissez Nolan, la marche à rebours ne doit pas vous déranger beaucoup. Passons donc à Dark Knight. Rachel ne meurt qu'une fois, c'est vrai. Avec Harvey Dent, c'est déjà plus compliqué. Mais le plus intéressant, c'est le Joker. Il lui est arrivé quelque chose d'affreux, entre Maldoror et L'Homme qui Rit : son visage est mutilé. Pourquoi ? Comment ? Il raconte l'événement une première fois : do you know how I got these scars ? Et voilà l'histoire d'un père brutal s'en prenant à sa progéniture. Plus tard, nouvelle histoire, variation sur l'horreur : do you know how I got these scars ? Et voilà l'histoire d'un homme qui s'automutile par amour. Qui aime sa femme tout autant qu'il l'abandonne.


2010, 2008, 2006. Le Prestige. Chaque soir, Hugh Jackman se noie, chaque soir, Hugh Jackman réapparaît de l'autre côté de la scène. Ainsi s'achève l'histoire de ce magicien damné : sur sa mort perpétuelle, son suicide répété. Sommet des histoires de Nolan : ici la mort est condamnée à se produire chaque soir. Prométhée n'est pas loin. Pas celui qui détient la puissance divine de créer des mondes, comme dans Inception, mais celui dont le foie repousse chaque nuit pour être dévoré à nouveau chaque jour. Le mouvement perpétuel de l'horreur.


Dans Batman Begins, le méchant s'appelle Râs-al-Gul. Il meurt une première fois au début du film, sous les traits de Ken Watanabe (Saito dans Inception). Il meurt à nouveau, à la fin, sous les traits de Liam Neeson.

Je n'ai pas vu Insomnia, ce qui est impardonnable, certes, et nous conduit à Memento, premier succès de Nolan sorti en 2000. Memento, ou l'histoire de cet homme qui veut venger le viol de sa femme. Se fait tatouer sur le corps les indices qui lui permettront d'assouvir cette vengeance. Qu'il assouvit une première fois... Et une seconde. Et une troisième. Oubliant, toujours, que la violence ultime du meurtre expiatoire a déjà eu lieu. Aimant sa femme autant qu'il l'abandonne.

Le héros de Memento cesse d'arpenter cette spirale infernale lorsque naît en lui l'idée de tuer celui qui le manipule, le fait réitérer sans cesse sa vengeance. Memento s'achève sur une scène d'inception : le moment où, faisant freiner sa voiture devant une boutique de tatouage, Leonard Shelby décide de se faire graver dans la peau, et donc de graver dans sa mémoire, la plaque d'immatriculation de celui dont il ne démordra jamais de l'idée qu'il est le coupable ; ce qui lance l'intrigue que l'on connaît déjà puisque le film s'est déroulé à rebours, de la même manière que dans Inception, on sait déjà quelles conséquences doit avoir l'idée que les voleurs veulent implanter dans l'esprit de Fischer.

On reproche souvent à Inception de ressembler à Shutter Island. Et, oui, Marion Cotillard est très loin d'être le fantôme qu'était Michelle Williams chez Scorsese. Mais alors je voudrais qu'on m'explique pourquoi on compare Inception à Shutter Island, alors qu'au moment de Shutter Island, personne n'a parlé de Memento. Ce film qui plaçait le spectateur à l'intérieur de la folie de son héros, si bien qu'il était impossible de savoir si Joe Pantoliano - le méchant de Matrix - était ou non le méchant de Memento, de la même manière qu'il est longtemps impossible de savoir si Ben Kingsley - le méchant de La Jeune Fille et la Mort - est ou non le méchant de Shutter Island. Mêmes scènes de révélations finales, d'épiphanies cathartiques. Bref, il faut rendre à Nolan ce qui est à Nolan...

L'un de ces suicides atroces dont le réalisateur anglais a le secret, dans Memento, est dû à une piqûre d'insuline répétée, pratiquée par un homme amnésique sur sa femme. Qu'il aime autant qu'il abandonne. Christopher Nolan, c'est l'enfer de la répétition. Christopher Nolan, ou l'homme qui doit répéter le succès de The Dark Knight avec Batman 3, attendu pour 2012. Je l'imagine suivre le conseil de Cobb dans Inception. Downwards is the only way forwards ; en-bas est le seul passage vers en-avant. Downwards, to Underland ; plus profond dans le Pays des Merveilles. Espérons que l'homme chauve-souris n'a pas peur des plus profondes cavernes, et des images qu'y projettera l'illusionniste Nolan.


Camille.

12 août 2010

(Maybe) not another teen movie

Quand le réalisateur des Ring emprunte quelques samples à Fight Club pour remixer... Matrix. C'est tendance (cf. le blockbuster du moment), il y a Aaron Johnson, et c'est sorti hier. Pourquoi pas ?



Noémie.

9 août 2010

Summer in Bagdad

The Hurt Locker, Kathryn Bigelow, 2008.











Noémie.

1 août 2010

Toy Story 3, de Lee Unkrich

VIEUX JOUETS


Les films attendus sont les plus difficiles à juger, les plus difficiles à apprécier. Star Wars I, Indiana Jones 4, Toy Story 3. Respectivement 16 ans, 19 ans, et 11 ans d’attente. On voudrait pouvoir découvrir la saga, oublier notre connaissance exhaustive des films précédents que l’on a vus 10, 20, 30 fois depuis l’enfance. Evidemment on ne peut pas. Vous avez aimé Toy Story 3, mais vous avez été déçus par Star Wars I et Indiana Jones 4, alors vous êtes en train de trembler pour le dernier Pixar. Rassurez-vous, je suis de ceux qui aiment Star Wars I, ne haïssent point Indiana Jones 4, et… Et ? Toy Story 3 est-il un film malade ?

Non. Enfin, non. Non, non. Non, non, non-non. Non. … Non.
…
Mais encore ?
(soupir)
Partons des faits, voulez-vous ?

Toy Story 3
est un premier film. C’est le premier film de Lee Unkrich, dans l'équipe depuis 1995, mais qui s’en était toujours tenu au rôle d’assistant réalisateur. Tous les Pixar (Toy Story 3 est le 11e) n’auront en effet été l’œuvre que de 4 hommes : John Lasseter, Andrew Stanton, Pete Docter et Brad Bird. C’est tout. Pas un de plus. [Du point de vue des compositeurs, c’est encore pire, il n’y en a que trois : Randy Newman, Thomas Newman, et Michael Giacchino.] Ces quatre hommes les voici (c'est comme les 3 mousquetaires, ils sont 5) :

(de gauche à droite : Brad Bird, Andrew Stanton, John Lasseter, Pete Docter, Lee Unkrich.)

Question : pourquoi John Lasseter, inventeur et réalisateur des deux premiers Toy Story, a-t-il confié le boulot à un « débutant » ? Petit A : parce qu’il est à présent beaucoup trop puissant pour s’occuper de réalisation. Lasseter, c’est un peu George Lucas (qui lui a d'ailleurs remis un prix lors de la 66e Mostra de Venise, l'année dernière) : il en a tellement bavé à ses débuts (réalisant coup sur coup 1001 Pattes et Toy Story 2) qu’après Cars – qui, en plus, n’a pas si bien marché que ça – il a sorti les mains de la terre glaise pour les poser sur un bureau. Lasseter se contente maintenant d’écrire les histoires. Avec Andrew Stanton, il est l’un des scénaristes de Toy Story 3. Petit B : parce que Toy Story 3 ne l’intéressait pas, ne représentant aucun autre challenge que celui de cartonner une fois de plus au box-office. Une vraie corvée. Contrairement aux Pixar précédents, mais comme le premier Toy Story, ce troisième opus n’est pas un film expérimental : il repose sur des techniques déjà acquises, qu’il s’agit de pousser un peu plus loin seulement. Toy Story 3.0. Alors, autant laisser le petit Unkrich s’en occuper. Qui n’a pas le génie du maître, disons le clairement.

Autant enchaîner tout de suite sur ce que j’ai pensé de Ken et Barbie : l’animation est géniale. Le truc sur la raideur, sachant qu’on a inventé les images de synthèse pour se débarrasser de la raideur des marionnettes, et sachant que les jouets sont censés perdre de leur raideur lorsqu’ils prennent vie – fonctionne très bien. Il y a cette scène où Ken fait un défilé de mode à Barbie. C’est drôle, mais très franchement, est-ce que c’est beaucoup plus drôle que du Arturo Brachetti, du Patrick Sébastien, ou du n’importe-qui-en-train-de-mettre-des-costumes-de-pignol-et-en-train-de-faire-le-beau-gosse ? Bien-sûr que c’est drôle, mais est-ce que ça valait vraiment la peine de payer Pixar pour ça ?


Bonnie est la petite sœur numérique de Boo, la petite choute de Monstres&Cie. Même jeu sur la création prométhéenne de ce qui attendrit. Sauf que, dans Monstres&Cie, on s’en foutait, ça faisait avancer l’histoire, c’est tout. Dans Toy Story 3, on s’attarde sur elle. Voyez ce plan, au début, où la petite veut fouiller dans le carton. Il dure très longtemps. Plan fixe, jeu d’acteur. Fascination devant le mimétisme parfait de la créature de synthèse mignonne. Cela casse le rythme du film, met l’accent sur un détail important de l’histoire – Bonnie – certes, oui, mais c’est aussi et surtout une manière de contempler l’œuvre des animateurs.

Toy Story 3 n’est pas un ratage. Je suis le premier à défendre Indiana Jones 4 en disant que les attentes ne sont peut-être pas comblées, mais que le résultat reste très au-dessus de la moyenne. Là où ce n’est pas juste, c’est que Spielberg et Lucas ont perdu une partie de leurs fans parce qu’ils ont choisi d’aller au bout de leur envie d’extra-terrestres et de mélancolie. Les jouets aussi cèdent à la mélancolie, toutefois Toy Story 3 cède beaucoup plus souvent à un humour plus facile que Spielberg, qui regrettait déjà suffisamment comme ça d’avoir cédé aux fans, avait refusé. Si Lasseter avait fait le film, on aurait sans aucun doute obtenu quelque chose de beaucoup plus déceptif, venant de quelqu’un de lassé, cherchant ailleurs, quelque chose d’autre. Mais Lasseter n’avait pas son nom attaché à la franchise Toy Story aussi fort que Spielberg l’avait attaché aux Indiana Jones.


De toute façon, le vrai chef-d’œuvre, c’est Day&Night, le court-métrage projeté en lever de rideau. Difficile à décrire. L’amitié entre deux trous de serrure, derrière lesquels se creuse un univers en 3D. Les trous de serrure, eux, étant en 2D. On a donc, horizontalement et verticalement, l’amitié des deux bonshommes. Et dans la profondeur, le monde, la réalité. A travers le premier trou de serrure, la profondeur vue de nuit. A travers le second, la profondeur vue de jour. Comme l’écran est en partie noir, l’illusion de 3D est plus criante que jamais. On n’est pas très loin du plan d’Alice au Pays des Merveilles où Mia Wasikowska jette un coup d’œil au jardin, dans le vestibule aux portes du début…


Une remarque toute bête, avant de finir. Sur Monsieur Patate. Dans Toy Story 1, au bout de deux minutes, le gag attendu est consommé, le personnage réassemble sur son visage son nez, ses yeux, et s’exclame : « Regardez ! Picasso ! ». Toy Story 3 étend le gag sur toute une séquence. Sachez-le : ce n’est pas original. Alors les traducteurs font les malins, quand M.Patate tombe, on peut lire : « c’est surréaliste ! » - comme si la continuité du gag sur Picasso avait besoin d’être soulignée, encore une fois. Le truc, c’est qu’en version originale, le personnage se contente de dire : « that’s just great » (« ah, génial. »). Mais tout ça ne vaut pas la critique des Cahiers du Cinéma de ce mois-ci, dans lesquels les transformations de M.Patate sont qualifiées de… « baroques ». Où sont passés mes cours d’histoire de l’art ? Il faut que je vérifie un truc.

(The Great Escape / Le Grand Cassoss)

Camille